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"Le masque de théâtre est un
instrument de jeu, d’interprétation, pas un accessoire
destiné à parfaire l’esthétique d’un
spectacle.
Sa rencontre avec son acteur donne le personnage, lui-même
à la source d’une poétique continuellement renouvelable.
Mais cette magie n’est possible que dans une relation de rigueur
et d’écoute intense de la part de l’artiste dramatique.
L’objet, quant à lui, demande, pour naître, une
attitude particulière de la part de son créateur,
faite d’humilité et d’audace.
Humilité parce que toute inspiration ne
pourra être validée que par le verdict du plateau,
parfois à l’issue de longues « négociations »
avec le visage de l’acteur, humilité aussi parce que
les formes les plus frustes ou les plus simples sont parfois plus
vivantes que les formes les plus inspirées. Humilité
parce que le sculpteur est plus un médium qu’un créateur,
captant la vision combinée d’un auteur, parfois, d’un
metteur en scène, le plus souvent, captant aussi la nature
d’un acteur, toujours.
Audace, parce qu’il lui faudra, tout en
maintenant son art (au sens ancien de métier), quêter
inlassablement les formes qui parlent d’aujourd’hui.
Audace parce que ces formes demandent continuellement à être
revisitées, revivifiées par des approches nouvelles.
Audace parce qu’il lui faudra puiser dans ce que sa propre
humanité compte de plus sombre et de plus abject, mais aussi
de plus glorieux et de plus lumineux.
Alors, parfois, au cœur de son métier,
il lui arrivera de se sentir relié à cette ancêtre
d’il y a 35000 ans qui danse toujours sur les parois de la
grotte des Trois Frères sous une peau de cerf, ou encore
avec cet artisan Dogon ou Ye’kwana, ou Aïda…
parce que le masque parle de l’humain avant toute chose."
Etienne Champion
sculpteur de masques
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